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Fane Desrues : artiste, comédienne, 
Julien Cottereau :
metteur en scène
Laetitia BIAGGI :
assistante à la mise en scène.
Idalio Guerreiro  : 
Création Lumières 
Clément Hallet :  
Création Son  

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Rencontre avec la comédienne Fane Desrues, « Le monologue de la femme rompue ».

« DANS LE PATCHWORK DES SENTIMENTS »

16 SEPTEMBRE 2012,

par LAETITIA HEURTEAU

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C’est lors du Festival d’Avignon que nous avons rencontré la comédienne Fane Desrues, 28 ans, passionnée, engagée dans son sens le plus intégral, au service d’un personnage fort : Murielle cette « femme rompue » écrite par Simone de Beauvoir en 1972. Au théâtre de la Luna, comme sur le plateau de l’Essaïon, il y a quelques mois, à Paris, elle livre un travail fort, d’une rare maturité de jeu.

Quel a été votre déclic pour devenir comédienne ?“Enfant, j’ai d’abord suivi un parcours en musique classique (piano, flute traversière et chant) en horaires aménagés de 8 à 18 ans. C’était un parcours très rigide et sévère pour une enfant et une adolescente comme moi. Et à quinze ans, j’ai découvert le théâtre. De tempérament stressée par les examens, le théâtre m’a véritablement épanouie. J’y ai découvert cette adrénaline d’aller sur scène.A dix-huit ans, j’ai arrêté la musique et je suis passée au théâtre pour lequel j’ai consacré beaucoup plus de temps. J’étais en fac de théâtre à l’université Paris III puis j’ai suivi plusieurs écoles de théâtre. La dernière, la plus importante est le Sudden Théâtre avec Raymond Acquaviva, même si dans la pratique, j’ai attendu la troisième année pour travailler enfin avec lui.”

Comment avez-vous rencontré Julien Cottereau ?“J’ai rencontré Julien quand j’avais dix-huit ans. On a fait nos parcours chacun de notre côté, lui bien avancé depuis longtemps et moi, suivant mon petit bonhomme de chemin. Il m’a vraiment fait découvrir l’art du clown. Ce n’était pas du tout une discipline qui m’attirait. Et finalement, c’est une discipline où je me sens très bien. Même si c’est une des disciplines les plus difficiles par rapport au théâtre parce qu’il y a un gros travail sur soi qu’il faut faire : travailler avec ses défauts, sa vie, son être. Il faut vraiment s’accepter.”

Comment s’est fait le choix de monter cette pièce avec Julien ?“On a choisi la pièce, il y a deux ans. Je suis vraiment tombée en amour de cette pièce. Ça ne partait pas du tout d’une envie de faire un « seul en scène ». Mais j’ai été bouleversée par le texte et cela a pris deux, trois mois avant que je me dise : « allez, on commence à faire les démarches ! » Julien ne devait pas mettre en scène. Je pensais plus à une femme pour la mise en scène. Et il a lu la pièce qui lui a vraiment donné envie de faire ce travail avec moi.”

Parlons justement de ce travail de mise en scène…“Julien a fait un très beau travail de mise en scène parce qu’il me laisse beaucoup de liberté sur scène. J’ai pris beaucoup de temps à apprendre le texte parce qu’il y avait beaucoup de répétition avec en plus un vrai patchwork de sentiments à interpréter. Dans notre collaboration avec Julien autour de ce texte, il y a eu toute une évolution. C’est quelqu’un de très exigeant, qui voulait une mise en scène au cordeau avec à peu près 80 tops en lumière et 80 tops en son. A la régie aussi, c’est un vrai partenaire de jeu. Et s’il foire, je foire et vice versa. Il y a vraiment un lien très fort. Comme dans le spectacle de Julien, Imagine-toi, c’est une mise en scène très coordonnée.”

Il y a aussi un important travail de chorégraphie dans cette mise en scène…“J’ai travaillé sur le spectacle avec une chorégraphe, Mayalen Otondo. Et dans la pièce, j’avais vraiment envie de travailler sur cette folie qu’elle génère et qui devait s’exprimer aussi par le corps.J’ai vraiment adoré travaillé avec Mayalen : on a travaillé beaucoup sur l’impro, elle a lu la pièce plusieurs fois et a essayé de voir quels extraits pourraient être les plus forts pour les exprimer.”

Comment qualifier le personnage de Murielle que vous interprétez ?“C’est un personnage qui est débordant dans tous les sens du terme. Elle en veut à elle-même, elle en veut aux autres, elle crache sur tout ce qui bouge, la moindre fourmi. Elle s’appuie sur ça, sinon elle tombe. Et deux ans après que je le monte, je suis encore bouleversée. C’est un texte extrêmement cher pour moi et que j’ai envie de porter encore longtemps.Je sais que le théâtre de l’Essaïon, et la Luna à Avignon a vraiment aimé notre travail. C’est bon de savoir qu’on est suivi !”

Quel est votre état d’esprit avant d’entrer en scène ?“Je prie. Quand le spectateur arrive dans la salle et que je suis déjà sur scène, je prie.Mais en même temps, je n’ai pas vraiment besoin de ça parce que dès que le texte me vient, que j’ouvre la bouche, je me sens dans la chair de cette femme. Jouer toutes ces femmes à des âges différents, c’était un vrai challenge…”

La premier point difficile pour me lancer dans cette aventure, c’est que je n’avais pas l’âge de ce rôle. Ça m’a arrêté… mais pas longtemps ! Je me suis dit que je le portais vraiment jusqu’aux tripes, ce personnage. “Par rapport à cette question, au départ on s’est demandé si je devais changer ma voix, s’il fallait que je me maquille. Puis, un peu avant qu’on commence les répétitions, j’ai vu un monologue de Patrice Chéreau avec Romain Duris qui jouait une sorte de SDF et où il avait transformé sa voix pour être crédible. Je l’ai trouvé très peu convainquant ! Là, je me suis dit : j’assume l’âge que j’ai. On montre aussi le fait que les mères irresponsables, ça existe et qu’il y a un non-jugement envers la personne, que la maternité n’est pas une évidence, pour beaucoup de femmes.”

Quels sont vos projets après Le Monologue de la Femme rompue ?“J’ai envie de monter un spectacle pour enfants, à base de clown, chant lyrique et danse, avec trois femmes sur scène. Tout ce que j’aime mais qui n’a vraiment rien à voir avec La Femme rompue. Un univers beaucoup plus joyeux, dans le partage familial. Parce qu’avec cette pièce, quand on a une petite fille, c’est impossible qu’elle soit dans les loges ou sur scène. Elle a vraiment besoin de ne pas entendre ce texte sortir de ma bouche. Mais j’aimerai bien continuer ces deux spectacles. Je trouve qu’il y a eu un bon bouche à oreille à Avignon, pour un texte aussi difficile. Je suis fière de voir qu’il y a des gens qui aiment notre travail.”

Un projet Théâtre, a vu le jour ! Le monologue de la femme rompue avec Fane Desrues Au théâtre ESSAION, Paris,  du 19 mars au 5 juin 2012, lundi et mardi à 20h.  tel : 01 42 78 46 42 au théâtre LA LUNA, Avignon, du 8 au 31 juillet 2012, tous les jours à 14h25.  tel : 04 90 86 96 28

Fane DESRUES, comédienne, est au Théâtre La LUNA à Avignon, pour une période de 3 semaines. Julien COTTEREAU, Molière de la révélation 2007, prix SACD 2008  en assure la mise en scène. Laetitia BIAGGI, a assisté Julien COTTEREAU dans la mise en scène. Mayalen OTONDO, chorégraphe, a apporté le mouvement, la gestuelle de Murielle, personnage interprétée par fane DESRUES.

 

 

Publié sur La Provence (http://www.laprovence.com)

Le Monologue de la femme rompue

Par Alice Ourliac

Créé le 14/07/2011 14:34

 Un soir de 31 décembre, Murielle est seule enfermée chez elle. Dans l'appartement du dessus, ça boit, ça danse, ça "baise", ça s'amuse en somme. 

 Pas Murielle qui se "venge par le monologue" contre tous ceux qui ont fait de sa vie un enfer et l'ont abandonnée : sa mère, ses différents maris ou encore ses soit-disant amies. Le monde entier, enfin. Tous pourris! "J'étais faite pour une autre planète" avoue Murielle qui dira tout, sans fausse pudeur, comme une femme sincère qui n'a plus rien à perdre. Rompue.

 Un carré tracé en blanc sur le sol, une chaise rouge dans un coin. Et puis l'époustouflante Fane Desrues, seule sur la scène, bouleversante. 

Passant de la rage aux pleurs, du cynisme aux supplications, de la détermination à l'abattement, elle revêt tous les visages de la femme rompue avec beaucoup de réalisme et de subtilité. Sa performance si admirable qu'il nous est impossible de ne pas entrer en sympathie avec l'être meurtri qu'elle interprète. Le metteur en scène, Julien Cottereau, souhaitait que Le Monologue de la femme rompue "soit un véhicule qui nous permette de voyager vers un idéal d’écoute, de respect, d’harmonie des différences ; vers ce continent humain qu’il faut sans cesse cultiver d’émotions, d’engagement, de curiosité… et d’amour". Son voeu est bel et bien réalisé.

 À 14h25, au théâtre La Luna, Avignon, jusqu'au 31 juillet 2012, tarif 10-15€, tel : 04 90 86 96 28. A 20h, lundi & mardi au théâtre Essaïon, Paris, du 19 mars au 5 juin 2012, tarif 15-20E, tel : 01 42 78 46 42.

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